FOP et plongée sous-marine : ce que les plongeurs doivent savoir
Vous êtes plongeur et on vous a parlé de foramen ovale perméable ? Ou vous avez présenté un accident de décompression neurologique sans explication claire ? La relation entre le FOP et la plongée sous-marine est un sujet pris très au sérieux par les cardiologues du sport et les médecins hyperbaristes. Voici ce qu’il faut savoir.
Rappel : qu’est-ce qu’un foramen ovale perméable ?
Le foramen ovale est un orifice naturel entre les deux oreillettes du cœur, présent chez tous les fœtus pour permettre la circulation sanguine avant la naissance. À la naissance, il se referme normalement grâce aux changements de pression. Chez environ un quart de la population, cette fermeture reste incomplète : le foramen ovale est dit “perméable” (FOP). La plupart des porteurs l’ignorent et ne présenteront jamais le moindre symptôme.
Mais chez le plongeur, ce détail anatomique peut prendre une tout autre dimension.
L’accident de décompression : mécanisme de base
En plongée, la pression augmente avec la profondeur. L’azote contenu dans l’air respiré se dissout dans les tissus sous l’effet de cette pression. Lors de la remontée, si elle est trop rapide, l’azote ne peut pas être éliminé progressivement par les poumons : il forme des bulles de gaz dans les vaisseaux et les tissus.
Ces bulles peuvent provoquer des lésions locales — douleurs articulaires, cutanées, vertiges — c’est l’accident de décompression (ADD) classique. Dans la grande majorité des cas, elles se forment dans le réseau veineux et sont filtrées par les poumons, ce qui limite leur impact.
L’ADD paradoxal : le rôle du FOP
Chez un plongeur porteur d’un FOP, un scénario différent peut se produire : les bulles d’azote veineux, au lieu d’être arrêtées par les poumons, passent directement dans la circulation artérielle via le FOP. Ce passage est particulièrement favorisé lorsque la pression dans les cavités droites du cœur dépasse celle des cavités gauches — ce qui survient lors d’efforts intenses, d’une toux, d’une manœuvre de Valsalva.
Ces bulles artérielles peuvent alors atteindre :
- Le cerveau : troubles neurologiques (engourdissements, faiblesse d’un membre, trouble de la parole, troubles visuels)
- La moelle épinière : déficit sensitif ou moteur des membres inférieurs
- Le labyrinthe : vertiges, surdité, acouphènes
Le tableau est celui d’un ADD neurologique — mais sans explication barotraumatique habituelle (paliers respectés, profondeur raisonnable, profil de plongée correct). C’est ce caractère “paradoxal” qui doit alerter.
Le FOP surreprésenté chez les plongeurs avec ADD neurologique
Plusieurs études ont montré que la prévalence du FOP chez les plongeurs ayant présenté un ADD neurologique est nettement supérieure à celle de la population générale (jusqu’à 50-60 % dans certaines séries, contre 25 % en population générale). Ce sur-risque n’est pas une coïncidence : il indique que le FOP est un facteur de vulnérabilité réel pour ce type d’accident.
Quel dépistage recommander ?
Après un ADD neurologique — surtout s’il survient pour un profil de plongée qui n’explique pas l’accident — le dépistage d’un FOP est fortement recommandé :
- Échocardiographie trans-thoracique (ETT) avec épreuve aux microbulles : examen de première intention, non invasif, en cabinet
- Échocardiographie trans-œsophagienne (ETO) : plus sensible, réalisée en milieu spécialisé si l’ETT est douteux ou si l’on cherche également un anévrysme du septum
L’examen consiste à injecter une solution saline agitée (microbulles) dans une veine du bras, et à observer si des bulles passent dans les cavités gauches au repos ou après une manœuvre de Valsalva.
Faut-il systématiquement fermer le FOP chez tout plongeur ?
Non. La décision n’est pas automatique. Elle dépend de plusieurs facteurs :
- La nature et la sévérité de l’ADD : ADD neurologique grave oriente plus fortement vers la fermeture qu’un ADD bénin
- Le profil de plongée : plongeur professionnel ou pratique intensive vs plongée récréative occasionnelle
- Les caractéristiques du FOP : shunt large, anévrysme septal associé — facteurs de risque plus élevé
- Les souhaits du patient : certains plongeurs acceptent de modifier leurs habitudes de plongée plutôt que de subir une intervention
La discussion doit associer le cardiologue interventionnel, le médecin hyperbariste et le médecin du sport.
Les alternatives à la fermeture
Si la fermeture du FOP n’est pas retenue ou que le patient préfère attendre, des mesures de réduction du risque peuvent être envisagées :
- Arrêt définitif de la plongée : option radicale mais qui supprime le risque paradoxal
- Modification des pratiques : plongées moins profondes, moins longues, remontées plus lentes, pas de plongée répétitive sur plusieurs jours consécutifs, respect strict et prolongé des paliers
- Éviter les manœuvres de Valsalva en remontée (effort, toux)
Ces mesures réduisent le risque mais ne l’éliminent pas complètement.
Ce qu’apporte la fermeture percutanée
La fermeture percutanée du FOP (dispositif Amplatzer ou Occlutech, voie veineuse fémorale, 45-60 minutes, hospitalisation courte) réduit significativement le risque d’ADD paradoxal. Elle ne garantit pas l’absence de tout accident de décompression — un ADD non paradoxal reste possible si les règles de plongée ne sont pas respectées — mais elle supprime le principal mécanisme en cause chez les porteurs de FOP.
Après fermeture réussie et période de cicatrisation (en général 6 mois), de nombreux plongeurs reprennent la plongée. La reprise doit être discutée au cas par cas avec les médecins qui ont suivi le dossier, et idéalement avec un médecin hyperbariste.
Conclusion
Le FOP est un facteur de risque réel pour l’ADD neurologique chez le plongeur. Sa découverte après un accident doit conduire à une évaluation spécialisée, combinant cardiologie interventionnelle et médecine hyperbare, pour décider de la meilleure stratégie : fermeture percutanée, adaptation des pratiques, ou les deux.
Si vous êtes plongeur et avez présenté un accident de décompression neurologique inexpliqué, ne reprenez pas la plongée sans avoir réalisé ce bilan.
Vous avez présenté un ADD ou un FOP a été découvert lors d’un bilan ? Consultez le Dr El Bèze à l’ICPC Turin, Paris 8e — Prendre rendez-vous via Doctolib.