Maladie coronarienne & Syndrome coronarien aigu
Qu’est-ce que la maladie coronarienne ?
La maladie coronarienne — aussi appelée coronaropathie ou cardiopathie ischémique — résulte de l’accumulation de plaques d’athérosclérose dans la paroi des artères coronaires. Ces trois vaisseaux (artère interventriculaire antérieure, artère coronaire droite, artère circonflexe) ont pour rôle d’oxygéner en permanence le muscle cardiaque. Lorsqu’une ou plusieurs de ces artères se rétrécissent progressivement, le cœur ne reçoit plus suffisamment de sang à l’effort, puis parfois au repos.
Facteurs de risque cardiovasculaires :
- Hypertension artérielle — augmente la contrainte sur la paroi artérielle et accélère la formation de plaques
- Diabète — favorise l’athérosclérose précoce et une atteinte coronaire souvent diffuse et silencieuse
- Tabac — premier facteur de risque modifiable, responsable d’un risque d’infarctus multiplié par 3 à 5
- Hypercholestérolémie — le LDL-cholestérol est le substrat de la plaque athéromateuse
- Sédentarité et obésité — facteurs indépendants qui cumulent leurs effets avec les précédents
- Antécédents familiaux — une histoire familiale de maladie coronarienne précoce (avant 55 ans chez un homme, avant 65 ans chez une femme) augmente significativement le risque personnel
L’athérosclérose évolue silencieusement pendant des décennies. Elle débute souvent dès l’adolescence et progresse en fonction de l’accumulation de facteurs de risque et du terrain génétique.
Coronaropathie stable vs syndrome coronarien aigu
Coronaropathie stable (angor stable) — la sténose est progressive et le débit coronaire est suffisant au repos mais insuffisant à l’effort. Le patient ressent une douleur ou une gêne thoracique à l’effort, qui cède au repos ou à la trinitrine en 2 à 5 minutes. Le tableau est prévisible et reproductible.
Syndrome coronarien aigu (SCA) — une plaque d’athérosclérose se fissure ou se rompt brutalement, déclenchant la formation d’un thrombus qui obstrue l’artère partiellement ou totalement. On distingue :
- SCA sans sus-décalage du ST (NSTEMI ou angor instable) — obstruction partielle, ischémie sans nécrose complète ou nécrose limitée ; troponines élevées en cas de NSTEMI
- SCA avec sus-décalage du ST (STEMI, ou infarctus “classique”) — occlusion totale d’une artère coronaire ; urgence absolue où chaque minute compte : le muscle cardiaque non irrigué meurt irréversiblement
Comment diagnostique-t-on la maladie coronarienne ?
Le diagnostic repose sur une combinaison d’examens cliniques et paracliniques :
- ECG de repos et d’effort — l’électrocardiogramme au repos peut être normal en dehors d’un épisode aigu ; l’ECG d’effort (test d’effort) permet de démasquer une ischémie à l’effort et d’en quantifier le seuil
- Troponines — marqueurs biologiques de nécrose myocardique, ils s’élèvent dans les 3 à 6 heures suivant un infarctus et permettent le diagnostic des NSTEMI
- Imagerie fonctionnelle — scintigraphie myocardique ou IRM cardiaque de stress pour détecter et quantifier l’ischémie sans recourir d’emblée à un geste invasif
- Scanner coronaire — examen non invasif qui permet de visualiser les artères coronaires et de détecter les plaques calcifiées ou non calcifiées ; utile en cas de probabilité prétest intermédiaire chez un patient stable
- Coronarographie — l’examen de référence, invasif, qui visualise directement les artères et permet, si nécessaire, de réaliser l’angioplastie dans le même temps
Traitement
La prise en charge de la maladie coronarienne repose sur trois piliers complémentaires :
Traitement médical — il est la base de toute prise en charge coronarienne, quelle que soit la décision de revascularisation :
- Statines — réduisent le LDL-cholestérol et stabilisent les plaques athéromateuses
- Antiagrégants plaquettaires — aspirine et/ou clopidogrel/ticagrélor réduisent le risque de thrombose coronaire
- IEC ou sartans — protecteurs du myocarde et de la fonction ventriculaire
- Bêtabloquants — réduisent la consommation en oxygène du myocarde, indispensables après un infarctus
Angioplastie coronaire et stenting — traitement de référence des syndromes coronariens aigus et de nombreuses coronaropathies stables symptomatiques. Un ballonnet dilate le rétrécissement et un stent actif est déployé pour maintenir l’artère ouverte.
Pontage aorto-coronarien (chirurgie) — préféré dans les atteintes tri-tronculaires complexes ou en cas de lésion sévère du tronc commun (artère principale de la coronaire gauche), notamment chez les patients diabétiques ou avec une fonction ventriculaire diminuée.
L’infarctus du myocarde : une urgence
L’infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST est l’une des rares situations en médecine où le pronostic est directement délai-dépendant : chaque minute d’occlusion coronaire totale détruit des cellules myocardiques de façon irréversible. La règle est simple : appeler le 15 immédiatement en cas de douleur thoracique persistante, intense, associée à des sueurs ou une irradiation dans le bras.
Le SAMU active la filière de prise en charge directe vers une salle de cathétérisme : l’angioplastie primaire — désobstruction mécanique de l’artère coupable avec pose de stent — doit être réalisée dans les 90 minutes suivant le premier contact médical pour maximiser le sauvetage du muscle cardiaque.
Ne pas attendre, ne pas conduire soi-même : appeler le 15.
Mon approche
La maladie coronarienne est au cœur de mon activité quotidienne, depuis la consultation de bilan jusqu’à l’angioplastie d’un infarctus en urgence. Ce qui m’importe est d’assurer une prise en charge cohérente et longitudinale : choisir le bon examen au bon moment, décider si un patient doit être revascularisé ou traité médicalement, choisir entre angioplastie et pontage en lien avec l’équipe chirurgicale, et assurer ensuite le suivi au long cours.
Mes patients coronariens ne viennent pas seulement pour un geste technique : ils viennent pour être suivis dans leur globalité — optimisation des facteurs de risque, adaptation des traitements, surveillance de la fonction cardiaque, et accompagnement dans la durée. C’est cette vision globale que j’essaie d’offrir à chacun d’eux.