Prendre rendez-vous →

10 juin 2026  · 6 min de lecture  · Dr Nathan El Bèze

MitraClip ou chirurgie pour la valve mitrale : quelle différence ?

Quand un cardiologue évoque une “fuite mitrale significative” et mentionne le MitraClip ou une opération cardiaque, la question du choix entre les deux options peut sembler complexe. Pourtant, la logique qui guide cette décision est assez claire une fois qu’on comprend ce que ces deux approches font — et pour qui elles sont faites.

L’insuffisance mitrale : deux maladies en une

Avant de parler de traitement, il faut distinguer deux formes très différentes d’insuffisance mitrale.

L’insuffisance mitrale primaire (ou dégénérative) est causée par une anomalie directe de la valve elle-même : prolapsus d’un feuillet, rupture de cordage tendineux, dégénérescence des tissus. La valve est “cassée” mécaniquement. Elle fonctionne bien chez le patient jeune, puis s’abîme progressivement.

L’insuffisance mitrale secondaire (ou fonctionnelle) est différente : la valve en elle-même est anatomiquement normale, mais le cœur s’est déformé — dilaté, affaibli — suite à une cardiomyopathie ou à une maladie coronarienne. Les feuillets valvulaires ne se rejoignent plus correctement à cause de la géométrie modifiée du ventricule. Ce n’est pas la valve qui est malade, c’est le cœur autour d’elle.

Cette distinction est fondamentale car elle conditionne entièrement la stratégie thérapeutique.

La chirurgie : la référence historique

La chirurgie de la valve mitrale se pratique sous circulation extracorporelle (CEC), cœur arrêté, en 3 à 4 heures. Elle offre deux options :

  • La plastie mitrale (ou réparation) : le chirurgien remodèle la valve en conservant les structures natives. C’est la technique de référence, car elle préserve la fonction du ventricule gauche, évite les anticoagulants à long terme, et affiche d’excellents résultats à long terme dans les mains expertes
  • Le remplacement valvulaire : si la valve n’est pas réparable, elle est remplacée par une prothèse mécanique (anticoagulation à vie) ou biologique (durée limitée mais pas d’anticoagulant)

Pour un patient de 50 ans, en bonne condition générale, avec une fuite mitrale primaire et une valve réparable, la chirurgie par plastie mitrale reste le traitement de référence. Les résultats à 20 ans sont excellents dans les centres expérimentés.

La chirurgie présente cependant des contraintes : une sternotomie (ouverture du sternum), une hospitalisation de 5 à 10 jours, une convalescence de 6 à 8 semaines, et un risque opératoire qui peut être significatif chez les patients fragiles ou âgés.

Le MitraClip (et Pascal Edwards) : la voie percutanée

Le MitraClip est un dispositif introduit par voie fémorale — une veine de l’aine — sans ouvrir le thorax. Sous guidage par échocardiographie transoesophagienne et radioscopie, le cardiologue interventionnel avance un cathéter jusqu’au cœur droit, traverse la cloison interauriculaire (ponction transseptale), et agrippe les deux feuillets de la valve mitrale pour les maintenir rapprochés — exactement comme ferait un chirurgien avec un point de suture.

Le dispositif Pascal (Edwards Lifesciences) repose sur le même principe de réparation bord à bord, avec une conception légèrement différente permettant d’aborder certaines anatomies difficiles.

Ces interventions durent en général 1 à 3 heures, l’hospitalisation est courte (2 à 4 jours), et la récupération beaucoup plus rapide qu’après une chirurgie à cœur ouvert. Pour les patients âgés, fragiles, porteurs de nombreuses comorbidités, ou ayant déjà subi une chirurgie cardiaque, c’est souvent la seule option réaliste.

Ce que disent les études : MITRA-FR et COAPT

Deux grandes études randomisées ont évalué le MitraClip dans l’insuffisance mitrale fonctionnelle (secondaire).

L’étude MITRA-FR (française, publiée en 2018) n’a pas montré de bénéfice significatif sur la mortalité ou les hospitalisations à un an. L’étude COAPT (américaine, publiée la même année) a montré, elle, une réduction significative des hospitalisations pour insuffisance cardiaque et une amélioration de la survie à 2 ans.

La différence entre ces deux études tient en grande partie à la sélection des patients : dans COAPT, les patients étaient mieux optimisés médicalement avant l’intervention, et leur fuite mitrale était proportionnellement plus sévère par rapport à la dilatation ventriculaire. Cela a conduit à affiner le concept de fuite mitrale disproportionnée : quand la fuite est vraiment trop importante pour être expliquée par la seule dilatation du ventricule, le MitraClip apporte un bénéfice clair.

Ces résultats ont renforcé les recommandations en faveur du MitraClip dans les formes fonctionnelles sévères, chez des patients correctement sélectionnés et optimisés médicalement au préalable.

Insuffisance mitrale primaire : la chirurgie garde la main

Pour la forme primaire dégénérative, le message est plus simple : si le patient est opérable et la valve réparable, la chirurgie reste la référence. Le MitraClip ou Pascal peuvent néanmoins être proposés aux patients dont le risque chirurgical est trop élevé, ou qui refusent la chirurgie après avoir été informés des deux options.

Qui décide ? La Heart Team

Dans les deux cas — mitrale primaire ou secondaire — la décision ne se prend jamais seul. En France, et dans tous les centres de référence, elle est discutée en Heart Team : une réunion pluridisciplinaire réunissant cardiologues interventionnels, chirurgiens cardiaques, et selon les cas des cardiologues de l’insuffisance cardiaque, des anesthésistes, des gériatres. Chaque dossier est présenté individuellement, et la solution retenue doit être la meilleure pour ce patient précis.

Ce qui me semble essentiel dans cette démarche, c’est que le médecin qui oriente le patient comprenne réellement les deux options — pas seulement celle qu’il pratique. Je réalise moi-même des interventions percutanées (MitraClip, Pascal), mais ma formation passée par les services de chirurgie cardiaque de l’AP-HP me permet de comprendre ce que peut apporter la chirurgie, d’en connaître les limites et les résultats, et de ne jamais orienter un patient vers le percutané par défaut ou par habitude, mais parce que c’est vraiment la bonne option pour lui.

En résumé

Le MitraClip n’est pas une version “moins bien” de la chirurgie : c’est une technique différente, pour des patients différents, avec des indications précises. La chirurgie garde toute sa valeur chez les patients jeunes et opérables avec une fuite primaire. Le MitraClip apporte un bénéfice réel dans les fuites fonctionnelles sévères bien sélectionnées, et chez les patients à risque opératoire élevé.


Vous souffrez d’une insuffisance mitrale et souhaitez comprendre les options qui s’offrent à vous ? Consultez la page dédiée à l’insuffisance mitrale et au MitraClip ou prenez rendez-vous via la page informations pratiques.

Consulter le Dr El Bèze

Cardiologue interventionnel — Institut Cœur Paris Centre, Paris 8e

Informations pratiques & prise de rendez-vous →